Quelle dose au-dessus des nuages ?

Ce qu’il y a de bien avec les voyages en avion c’est qu’on peut en profiter pour tester facilement son compteur Geiger. Si l’on a pas de compteur on peut aussi regarder par le hublot ou rattraper son retard en films pourris pour passer le temps, mais c’est un peu dommage.

Débit de dose typique en avion : 3,4 µSv/h

À 10000 m d’altitude le débit de dose typique tourne en effet autour de 3 µSv/h, à comparer aux 0,1 µSv/h qu’on observe habituellement au sol. La faute à l’atmosphère qui devient de plus en plus fine lorsqu’on monte et absorbe donc de moins en moins le rayonnement cosmique.

Pour les passagers qui prennent l’avion occasionnellement ce n’est pas un problème, mais pour le personnel naviguant qui passe son temps en l’air c’est un peu plus préoccupant. Depuis 1996 une réglementation européenne impose ainsi aux compagnies aériennes de surveiller l’exposition de leurs employés. Dans le domaine médical ou l’industrie ceci est généralement fait à l’aide de dosimètres, mais pour une raison qui sera expliquée plus tard ce n’est pas possible ici. La solution retenue est donc différente : tous les vols effectués par le personnel naviguant sont renseignés dans une base de données en ligne, à partir de laquelle on peut reconstituer les doses reçues par calcul grâce à un modèle réactualisé périodiquement avec des données fournies par l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) et l’Observatoire de Paris.

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Un Printemps à Tchernobyl

Cette bande dessinée d’Emmanuel Lepage fait suite à autre livre illustré sorti en 2008, « Les fleurs de Tchernobyl : Carnet de voyage en terre irradié », et est en quelque sorte son making-of.

Un Printemps à Tchernobyl - Emmanuel Lepage (Futuropolis, 2012)

Le récit s’ouvre sur un long périple en train qui mène l’équipe de dessinateurs de France jusqu’à Kiev. C’est l’occasion d’un rappel très approximatif du déroulement de la catastrophe de Tchernobyl
où faits et rumeurs se mélangent allègrement. Tout au long du trajet on voit également Emmanuel Lepage réviser son catéchisme : « La Supplication » de Svetlana Alexievitch.

Un petit aparté s’impose sur ce livre. Il s’agit certes d’un essai d’une qualité remarquable, dont la lecture ne peut laisser indifférent. Cependant il est important de comprendre que les monologues qui y sont rapportés, même s’ils dérivent d’entretiens réels, ont été lourdement réécrits pour servir l’ambition artistique de l’auteur. Des centaines de témoignages recueillis seuls les plus poignants ont été retenus, puis ceux-ci ont été modifiés, réarrangés et au besoin émaillés d’images très crues afin d’en accentuer l’effet dramatique. Les personnes interrogées sont authentiques, mais les récits qui leurs sont attribués ne le sont que très partiellement. Cette ambiguïté est bien sûre voulue et entretenue par l’auteur, mais on ne peut pas non plus parler de malhonnêteté puisque celle-ci n’a jamais prétendu avoir produit un travail d’enquête. Selon les propres mots de Svetlana Alexievitch, « ce n’est plus journalisme, mais de la littérature ».1 Il ne faut donc surtout pas prendre tout ce qui figure dans ce livre au pied de la lettre. Fin de l’aparté.

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  1. « Du bon et du mauvais usage du témoignage dans l’œuvre de Svetlana Alexievitch », Galia Ackerman et Frédéric Lemarchand, revue Tumultes n° 32-33, 2009 []

Un rongeur increvable

Il y a quelques mois un convoi de déchets nucléaires partant des Pays-Bas et se rendant à La Hague est passé près de Paris. À en croire certains articles il s’agissait d’un train de l’enfer semant la mort et la désolation sur son passage. C’est donc plein de curiosité que je suis allé me poster sur le quai d’une gare de RER qu’il devait traverser, m’attendant à voir passer quelque chose comme ça :

Motörhead train (Joe Petagno)

Finalement j’ai vu à peu près ça :

Convoi de Castors en gare du Bourget (Suaudeau, 2013)

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Coïncidences troublantes

The China Syndrome (Columbia Pictures)

16 mars 1979 : « Le Syndrome Chinois » sort dans les cinémas américains. On y suit une équipe de journalistes en reportage dans une centrale nucléaire qui deviennent par hasard les témoins d’un incident aux conséquences potentiellement désastreuses. Alors qu’ils veulent révéler l’affaire avec l’aide du chef de quart ceux-ci se heurtent vite à la résistance des directeur et gérant de la centrale qui complotent pour garder l’évènement secret. C’est notamment à travers ce film que le public américain entend parler pour la première fois du « syndrome chinois », un accident nucléaire théorique au cours duquel le cœur pourrait fondre et de manière très imagée s’enfoncer dans la Terre et la traverser pour ressortir aux antipodes.1

28 mars 1979, soit moins de deux semaines plus tard : le réacteur numéro 2 de la centrale de Three Mile Island, en Pennsylvanie, subit un grave accident qui mettra une bonne semaine à être maîtrisé. Les conséquences sanitaires seront heureusement très limitées voire inexistantes, mais en ouvrant la cuve des années après on s’apercevra tout de même que le cœur avait partiellement fondu.

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  1. Si on exclut Hawaï et l’Alaska les antipodes des États-Unis se situent en fait non en Chine mais en plein dans l’Océan Indien. Ironiquement les seules terres émergées qui se trouvent dans cette zone sont les Terres Australes et Antarctiques Françaises (îles Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul). []

Une histoire de Fessenheim

Le 5 septembre 2012 un dégagement de fumée à la centrale de Fessenheim relançait une fois de plus la polémique sur la sûreté nucléaire. Cet incident intervenait fort opportunément à une dizaine de jours de la conférence environnementale de la rentrée (14 et 15 septembre). C’est donc tout naturellement qu’un essaim de journalistes était massé aux portes de la centrale, racontant tout et n’importe quoi pour meubler en attendant d’en savoir plus. On en a même vu un la mine toute dépitée se lamenter sur le manque d’infos.

Deux mois plus tard les infos sont enfin là, mais plus les journalistes. Il est vrai qu’en temps médiatique un mois équivaut à une éternité… Ce serait pourtant intéressant de savoir en fin de compte ce qui a fait trembler la France pendant toute une journée.

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